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Les horloges atomiques ultra-précises de Spectratime dominent le cosmos
 
Le 11-01-2019

Les appareils swiss made de cette entreprise neuchâteloise sont des bijoux de ponctualité, indispensables au travail de géolocalisation des satellites.

Dans l’espace, les horloges atomiques sont indispensables aux satellites pour accomplir leur mission de géo-positionnement. En effet, l’activité de localisation de ces engins n’est possible que si ceux-ci sont parfaitement synchronisés. Voilà pourquoi ils ont besoin du tempo extrêmement régulier des horloges atomiques qui utilisent la résonance quantique, pour une précision au milliardième de seconde par jour. En comparaison, une horloge mécanique n’offre, quant à elle, qu’une précision de l’ordre de la minute par jour.

L’entreprise championne sur ce segment de marché, en termes du nombre d’horloges en orbite, est Spectratime. Avec ses 70 collaborateurs dont 22 ingénieurs et trois doctorants, la société sise à Neuchâtel bénéficie d’une grande notoriété internationale. Dans son carnet de commandes se trouvent, par exemple, le géant chinois Huawei ou encore l’Agence spatiale européenne (ESA), responsable du projet Galileo. Ainsi, en 2018, la société suisse a livré toutes les horloges atomiques équipant les deux premières flottes de cet ensemble de satellites qui cherche à émanciper le Vieux Continent du système de localisation américain GPS.

Bien que certains marchés tels que ceux de la Russie ou des Etats-Unis soient inaccessibles à la firme helvétique, car politiquement protégés, le directeur général Pascal Rochat se montre parfaitement confiant pour l’avenir de son entreprise d’outils de précision. «Nous avons signé un contrat pour équiper les douze futurs satellites du troisième lot Galileo. Nous sommes aussi en phase terminale de négociation pour la deuxième étape du système de navigation Indian Regional Navigation Satellite System (IRNSS). De plus, nous sommes en discussion avec le Japon, au regard de leur Quasi-Zenith Satellite System (QZSS). L’agence spatiale japonaise s’intéresse toujours plus à notre technologie car elle veut remplacer les équipements américains qu’elle utilisait jusqu’ici.»

Au total, ces trois projets de constellations de navigation représenteront une cinquantaine de nouveaux satellites qui tourneront autour du globe – en sachant que chacun de ces engins renfermera deux à quatre horloges atomiques de Spectratime. «Cela nous assure une continuité professionnelle pour une décennie, au minimum», avance celui qui est aussi le fondateur de la société.

Deux nouveautés en 2019

Outre les horloges atomiques pour constellations de navigation, le fabricant confectionne des appareils de pointe destinés à des applications terrestres. Spectratime sortira très prochainement deux nouveaux produits à cet égard.

Le premier est issu de T4Science, sa filiale fondée en 2006 qui est spécialisée dans la technologie maser. «Un gros maser sol sera mis sur le marché au cours de 2019. Il est destiné à tous les marchés de la métrologie, soit la science des mesures, ainsi qu’à la radioastronomie, soit l’observation des ondes émises par les astres. De la taille d’un lave-linge, il est robuste et aura une longue durée de vie – de dix à quinze ans sans intervention.»

En parallèle, Spectratime finalise une horloge ultra-miniaturisée et basse consommation qui aura de nombreuses applications associées à la recherche océanographique, à la navigation et aux télécommunications. La micro- horloge – d’une taille de quelques dés à coudre – appartient à la nouvelle génération des horloges atomiques au rubidium. L’une de ses applications sous-marines sera au cœur d’un enregistreur sismique sous-marin. «Synchronisée en surface avec un capteur GPS, l’horloge miniature peut être plongée au fond d’un océan pendant deux semaines tout en maintenant un temps exact le long des observations.» Peu gourmande en énergie, la micro-horloge nécessite une alimentation drastiquement réduite: d’une batterie de 100 kg pour une semaine d’autonomie dans un enregistreur sismique pour une horloge atomique standard, elle ne demandera plus qu’une batterie d’un kilo pour la même performance.

Depuis les années 90

L’ingénieur Pascal Rochat et son équipe ont débuté leurs activités – des premières horloges au rubidium pour un satellite de radioastronomie – dès 1991 au sein de l'Observatoire de Neuchâtel. «Il nous semblait dommage de laisser cette technologie dormir dans un tiroir. J’ai alors trouvé un investisseur pour démarrer une activité industrielle dès 1995», se souvient-il. Tekelec Neuchatel Time est alors fondée et sera rebaptisée Spectratime en 2006. La société suisse est aujourd’hui l’un des piliers du groupe français Orolia.

L’un des coups de maîtres de la compagnie neuchâteloise: avoir contribué à l’horloge la plus précise de la galaxie, embarquée sur la Station spatiale internationale (ISS). Fin 2017, l’entreprise a livré un équipement maser actif. Il est l’un des composants de l’horloge la plus stable jamais vue dans l’espace.

Un Space Hub bientôt en vue à Neuchâtel?

Dans ce canton du nord-ouest de la Suisse, Spectratime aura bientôt un nouveau voisin. Il s’agit de Syderal Swiss, une société experte en équipements électroniques et logiciels destinés aux satellites. «Notre entreprise a actuellement une cinquantaine de missions réussies ou toujours en cours à son actif. La plus célèbre, en termes de visibilité, est celle de la sonde InSight qui a amarsi en novembre dernier. Nous avons réalisé les composants électroniques qui pilotent son sismomètre», explique Olivier Henin qui en est le CEO. Aujourd’hui située à Gals, dans le canton de Berne, Syderal déménagera en juin. Elle s’installera dans le bâtiment laissé vide par la compagnie américaine Autodesk. Le colosse américain des logiciels a quitté les lieux en août 2018 – transférant plus de 200 postes de travail en Irlande, après 25 ans d’activités sur les hauts de la ville de Neuchâtel.

Au pied du Jura, la venue de Syderal Swiss éveille l’imagination. Pourquoi ne pas créer un hub d’activités spatiales à Neuchâtel? Bien des Britchons se prennent à rêver d’un parc d’innovation, sis rue du Puits-Godet. «Un centre spatial niché dans un bâtiment commun, dans lequel les sociétés mutualiseraient des outils, serait intéressant pour l’économie de la région», commente Pascal Rochat de Spectratime. Ce Space Hub abriterait environ six entreprises, soit à peu près 200 travailleurs. Dans sa mouture idéale, il offrirait 2500 m2 de bureaux et 2500 m2 de salles de tests et de production.

A l’heure actuelle, l’édifice abrite déjà la firme Micro Cameras & Space Exploration qui crée des instruments de bord. Outre Syderal Swiss et Spectratime, la société nanoTRONIC, située à Lyss, a aussi affiché son enthousiasme.

«Ce Space Hub pourrait devenir réalité en 2020. Il complèterait alors le pôle lausannois, plutôt orienté sur le transfert d’innovation en produit. Le potentiel centre neuchâtelois se consacrerait, quant à lui, à l’intégration des produits par des tests, pour aboutir à leur production», précise Olivier Henin. Le patron de Syderal Swiss est également le président du Swiss Space Industries Group (SSIG), l’association qui représente les intérêts des entreprises industrielles actives dans le secteur spatial.

Sophie Marenne
AGEFI

 



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