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Sa montre, c'est pas du cinéma
 
Le 07-03-2018


Retraité de l’horlogerie, Pierre-Alain Gilliéron a fabriqué un garde-temps entièrement dédié au septième art, avec des bobines ajoutées aux aiguilles.



NOMBREUSES PARTICULARITÉS

CADRAN

La trotteuse des secondes est une bobine qui fait un tour en une minute, tandis que l’autre disque assure l’animation à 0,83 t/min. L’axe des aiguilles s’en trouve décentré.


MOUVEMENT

Le calibre ETA 2824-1 a été valorisé par un mécanisme additionnel. Si les quatre premières séries sont automatiques, une variante à quartz est déjà à l’étude.


BRACELET

L’entraînement de la pellicule 35 mm est visible sur le bracelet en silicone. Une particularité brevetée qu’un fabriquant horloger a déjà voulu copier, avant de devoir y renoncer.


BOÎTIER

En acier inoxydable, il laisse apparaître une couronne de remise à l’heure représentant l’objectif de l’appareil de projection avec sa lentille. Une astuce qui renforce l’aspect «tout cinéma».


EMBALLAGE

Dans la boîte ronde d’un film 35 mm, le coffret qui représente le clap est tapissé à l’intérieur en velours rouge comme un fauteuil de cinéma. En prime, une loupe d’horloger.



Deux bobines, l’une pour les secondes et l’autre pour l’animation, et des aiguilles qui s’en trouvent décentrées: tel est le défi technique relevé à Saignelégier (JU) par la Moviestar Création de Pierre-Alain Gilliéron (67 ans), un retraité de l’horlogerie fou de cinéma. Ce technicien a entièrement conçu et fabriqué un prototype dédié au septième art. «Avec le Royal, Tavannes possédait le plus grand écran de cinéma du pays au temps glorieux de l’horlogerie, quand 1500 ouvriers travaillaient chez Tavannes Watch», se souvient l’inventeur.

Dessinateur de talent

Parti de Servion (VD), son village natal, Pierre-Alain Gilliéron a passé sa jeunesse et sa scolarité à Tavannes (BE). «Il n’y avait pas de TV à la maison, si bien qu’on passait notre temps au Royal», sourit ce grand-père. L’environnement horloger le conduit alors dans une école professionnelle. Pour quel métier? Menuisier? Ramoneur? Mécanicien? Le jeune homme s’oriente vers la technique, mais ce qu’il aime par-dessus tout à l’école, c’est de dessiner des habits plutôt que des rouages.

À Sonceboz (BE), le patron d’une entreprise lui apprend le métier et repère en lui un dessinateur talentueux: «Il a décelé mon côté positif et m’a placé derrière une planche à dessin. Moi qui ne savais rien faire, je suis devenu en trois ans responsable du bureau recherche et développement», raconte-t-il. Lorsque son mentor prend sa retraite, Pierre-Alain Gilliéron lance son propre atelier de composants horlogers. «Ma chance, c’est d’avoir pu progresser dans mon travail grâce à un patron extraordinaire.»

Son hobby: dessiner des montres. Il forme des apprentis en microtechnique, devient sous-traitant et produit avec un associé jusqu’à 120 millions de mouvements à quartz par an. Ses machines nourrissent les plus grandes marques horlogères helvétiques et le conduisent aussi à l’étranger, au fil des partenariats: en France, mais aussi en Chine, en Russie, au Brésil, au Moyen-Orient, en Inde, où il créé en partenariat une une société de décolletage et forme des apptentis. Il découvre alors les studios de Bollywood.

«Manque d’imagination»

Sa rencontre avec le cinéma indien lui sert de déclic. L’idée d’une montre dédiée au cinéma, à ses films, ses acteurs, ses festivals, chemine dans son esprit. Elle se matérialise en passant par le trottoir aux étoiles de Hollywood Bd (USA), au musée Charlie Chaplin de Corsier-sur-Vevey (VD), ainsi qu’à celui des frères Louis et Auguste Lumière dédié à Lyon (F) aux inventeurs du cinéma.

Ses nombreux voyages ont forgé sa conviction: «Aucune marque horlogère suisse digne de ce nom n’a pris en compte le potentiel à disposition pour ce sujet.» Quand un horloger fait dans le cinéma, il se contente de fixer une plaquette sur le boîtier. «Quel manque d’imagination, alors que le cinéma est une fabrique de rêve», s’est dit le technicien.

Du dessin au prototype, Pierre-Alain Gilliéron a peaufiné son projet pendant huit ans. S’il a bénéficié de conseils avisés, comme ceux du designer Ora-ïto, le retraité de Tavannes a tout conçu de A à Z, jusqu’à l’emballage. «Je veux mettre l’histoire du cinéma à votre poignet», proclame-t-il. Marque et modèles sont déposés mondialement. Son projet n’a convaincu ni les horlogers, ni les banquiers. Contacté quand il résidait à Gstaad (BE), le réalisateur américain Roman Polanski lui a répondu négativement, dans une lettre manuscrite. Mais sûr de son idée et adepte du Swiss made, Pierre-Alain Gilliéron misera sur le crowdfunding pour réunir les 100 000 francs nécessaires à la commercialisation de la Cinématographe 1895. Plutôt que de céder son invention à des investisseurs chinois, il passera par Kickstarter ou autre.

«Cinématographe», «Bollywood», «César» et «Oscar»: les quatre collections déjà prévues seront numérotées de 1 à 100. Le concept retenu, c’est une fabrication en séries limitées, avec numérotation et certification des modèles déposés comme pièces d’une collection. Clientèle visée par la société Moviestar Creation: les festivals et les musées, mais aussi les producteurs, les réalisateurs et les acteurs. Et, bien sûr, tous les amoureux du septième art.



PAR VINCENT DONZÉ
LE MATIN

 



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