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Un petit empire industriel va naître à La Chaux-de-Fonds
 
Le 05-12-2017

Actifs dans l’immobilier, l’industrie et l’informatique, trois groupes du haut du canton de Neuchâtel vont unir leurs forces. Un bâtiment à 35 millions de francs sera inauguré début 2018

Ils sont trois, autour d’une table encombrée d’expresso. Une fois lancés, Raffaello Radicchi, Bertino Checola et Vladimiro Zennaro pourraient parler des heures de leur projet. Ces dernières années, chacun s’est bâti un petit royaume dans les montagnes neuchâteloises. Ils sont désormais sur le point d’édifier un empire. Début 2018, plusieurs de leurs entreprises vont se rassembler physiquement dans un gigantesque bâtiment industriel à la sortie de La Chaux-de-Fonds. «Unis, on est plus forts», lâche, comme une évidence, Vladimiro Zennaro.

A eux trois, les «Industriels du Sentier», comme ils se surnomment, détiennent une trentaine d’entreprises, réalisent des dizaines de millions de chiffre d’affaires (essentiellement dans l’horlogerie) et emploient près de 400 personnes. Dans leur nouveau paquebot de 14 000 mètres carrés devisé à 35 millions de francs, cela bouillonne déjà du rez-de-chaussée (on y trouve un laser de plusieurs tonnes) à l’attique (un Data Center y renfermera 70 racks informatiques) en passant par les étages (des kilomètres de rayonnages remplis d’outils horlogers). Ce projet a été décidé il y a cinq ans, autour d’une fondue, en marge d’un match de hockey du HCC.

Trois piliers

Raffaello Radicchi, c’est l’immobilier. Arrivé en Suisse les poches vides dans les années 1970 pour creuser le tunnel du Gothard, il est aujourd’hui le premier propriétaire privé du canton de Neuchâtel. Du dessin technique à la peinture en passant par la menuiserie ou les cuisines, ses entreprises réunies dans sa holding Insulae essaiment aux quatre coins de la Métropole horlogère. Il détient en outre la marque horlogère Schwarz Etienne.

Bertino Checola, c’est l’industrie. Draco Group, dont il est l’administrateur, chapeaute notamment des spécialistes de l’outil industriel (BC Technologies), de l’automation (Atec-Cyl) ou de la construction de machines (ArtraM).

Enfin, Vladimiro Zennaro, c’est le lien direct avec les horlogers. Son entreprise, Bergeon, fournit des outils de pointe à toutes les manufactures du pays. Ses deux fils, Mikaël et Fabien, ont fondé VNV, une entreprise de services informatiques. Père et fils ont fondé Zed Group.

«Nous sommes tous partis de rien»

Le point commun de cet invraisemblable enchevêtrement de sociétés: l’industrie. Mais ce qui lie les «Industriels du sentier» est peut-être aussi une certaine conception du travail. Et leur italianité. «Bien sûr, on est Italiens, mais c’est un peu du hasard. Cela dit, nous sommes tous très indépendants tout en cultivant une forme de solidarité. Nous sommes aussi tous partis de rien et cela nous a soudés», estime Raffaello Radicchi.

Ils partagent aussi une passion pour les montagnes neuchâteloises. «Nous voulons nous battre pour cette région, la mettre en avant. Elle nous a permis d’en arriver là», rappelle Vladimiro Zennaro. Les trois hommes pestent en chœur contre les tensions qui animent le canton de Neuchâtel et ses querelles de clocher. Et contre les autorités locales «qui ne les soutiennent absolument pas».

Nouveau modèle d’affaires

Le bâtiment qui sera inauguré en début d’année prochaine est le symbole concret de cette association. Mais cela va au-delà d’un paquet de briques. «En tant que fournisseurs, nous avons subi une crise terrible ces deux dernières années», concède Vladimiro Zennaro. Le brutal coup de froid qui s’est abattu sur l’industrie horlogère a considérablement fait baisser leur volume d’affaires. Et les a poussés à repenser leur modèle.

«Quand l’on va démarcher des clients, on sent bien que ce n’est plus comme avant, assure Bertino Checola. Ils ne veulent plus qu’un seul intermédiaire. Et nous demandent d’amener des solutions plus complètes. On ne peut plus se cantonner à un seul service…» Exemple: une multinationale américaine réfléchit actuellement à s’implanter dans la région. A eux trois, ils lui proposent un nouveau bâtiment à la pointe de la technologie, les machines pour l’équiper et – nerf de la guerre – toute l’infrastructure informatique qui va avec. «Industrie 4.0, 5.0 ou 6.0, c’est égal, balaye Mikaël Zennaro. Ce qui est important, c’est que notre écosystème propose tous les métiers indispensables à l’industrie. Notre potentiel est énorme…»

D’autres fédérations de PME

Leur idée n’a, en fait, rien d’original. Les «fédérations» de PME sont aujourd’hui à la mode. Le groupe IMI, à Besançon ou Acrotec, à Develier (JU), ont déjà compris que l’union de petites entreprises faisait la force. Les marques horlogères, de leur côté, ont réalisé que la verticalisation à tout prix n’était pas forcément la meilleure solution et préfèrent se tourner vers ces biotopes de PME ultraspécialisées et bien organisées.

Les «Industriels du sentier» n’ont pas d’objectifs à long terme. Vladimiro Zennaro: «Tout va aujourd’hui trop vite pour faire des plans à dix ans. Mais nous avons de grandes ambitions pour nous comme pour la région.» A l’heure du départ, ils blaguent en admirant le panorama ensoleillé qui les entoure. Raffaello Radicchi tend le doigt en direction d’une plaine enneigée, à la sortie de la ville. «Vous savez, je crois que c’est encore constructible là-bas…»

Un salon de sous-traitants en marge de Baselworld

Ils en ont eu marre. Parmi les quelque 700 exposants qui ne retourneront pas à la foire de Bâle l’an prochain, il y a une trentaine de sous-traitants horlogers. «Nous ne nous y sentions plus les bienvenus», juge Vladimiro Zennaro. Le patron du fabricant d’outils horlogers Bergeon a longtemps été le délégué du comité des exposants de Baselworld pour les branches annexes. Cette année, il a fait sécession.

Il lance donc un autre projet: un salon de la sous-traitance dont la première édition devrait se tenir à La Chaux-de-Fonds pendant la Foire de Bâle 2018. L’objectif est de permettre à des dizaines de PME de profiter de la venue de clients internationaux aux bords du Rhin et de les attirer dans les montagnes neuchâteloises. «Nous voulons offrir des opportunités à des entreprises en mal de visibilité», explique Vladimiro Zennaro.

Ne valait-il pas mieux s’associer avec l’EPHJ-EPMT-SMT (salon genevois de la sous-traitance qui se tient en juin)? Ou le SIAMS (salon des spécialistes de la microtechnique, en avril à Moutier)? «On a eu des contacts. Et leur ai bien expliqué que nous n’étions pas concurrents. Nous voulons simplement nous adresser aux clients internationaux de Baselworld…»

Le salon pourrait se tenir dans l’ancienne usine électrique de La Chaux-de-Fonds, mais vu l’intérêt suscité par cette démarche, ses 1000 mètres carrés seront peut-être trop étroits. Il n’est dès lors pas impossible qu’il occupe une partie encore vacante du bâtiment évoqué ci-dessus.

Valère Gogniat
LE TEMPS

 



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