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Montres et magnétisme : attractives répulsions (I)
 
Le 06-10-2017

Depuis toujours, les horlogers ont tenté de protéger leurs montres des rayonnements magnétiques. Au fil des progrès scientifiques, certains visionnaires ont même tenté d’en dompter les effets pour en faire profiter leurs créations. L’occasion de faire passer un petit IRM au secteur pour saisir combien l’aimantation est attirante…

Le magnétisme fait de longue date partie des incidences certes peu palpables mais fort connues des horlogers pour agir sur les délicats réglages des garde-temps de précision. Longtemps, ils ne s’en sont toutefois pas vraiment souciés. Les instruments horlogers portatifs, finalement les plus sensibles au magnétisme, n’étaient pas assez fiables pour que leurs propriétaires se rendent compte de la déviation horaire liée à la proximité d’un objet perturbateur. Pour mesurer l’importance des phénomènes magnétiques sur les montres de précision, il a fallu attendre les premières années du XVIIIe siècle. Comme l’adoption du spiral en acier, inventé par Christiaan Huygens en 1675-1676, contribuait sensiblement à l’amélioration des pièces de poche en termes de précision, il permit pour la première fois de mesurer l’influence des aimants naturels sur la bonne marche des mouvements mécaniques.

Premiers alliages

Évidemment, au siècle des Lumières, seuls les marins ont remarqué l’incidence des boussoles sur les chronomètres de marine et autres montres de pont. D’autant qu’au début de leur aventure maritime ces instruments fragiles et sensibles à l’humidité étaient remisés avec les boussoles de bord, autres équipements aussi utiles que délicats. Très rapidement, les horlogers ont pris conscience que le rayonnement magnétique dans des espaces confinés comme une salle d’officiers ou à proximité d’un compas de pont pouvait avoir des effets sur le réglage d’une montre, au même titre que les variations de température. Pour en limiter l’impact, la solution était de maintenir à distance montres et compas de voilier. Seulement, le monde s’est industrialisé et modernisé. Dès le milieu du XIXe siècle, l’invention du moteur électrique, rapidement généralisé à toutes formes d’usages et d’instruments, a forcé les entreprises horlogères à réfléchir aux moyens de lutter le plus efficacement et à moindres coûts contre les effets perturbateurs du rayonnement magnétique sur la fiabilité et la précision des mouvements des montres.

Jusque dans les années 1930-1940, il faut dire que la plupart des montres étaient équipées de balanciers bimétalliques et de spiraux en acier bleui au feu, tous deux aisément magnétisables. Pour éviter ces perturbations, les horlogers ont alors orienté leurs recherches sur deux axes. Le premier visait à rendre certains composants insensibles aux rayonnements magnétiques par l’utilisation d’alliages plus résistants que l’acier classique, dont le défaut est de rester magnétisé. La mise au point d’alliages dits « ferro-nickels » a été un premier pas dans la bonne direction. Non qu’ils soient totalement insensibles aux champs magnétiques, leurs propriétés élastiques étant liées au magnétisme, ces alliages retrouvent leurs qualités réglantes une fois sortis du champ de rayonnement, car ils ne restent pas magnétisés. Cette amélioration apportée aux spiraux ne pouvait toutefois suffire à un certain nombre de professionnels dont le métier les exposait durablement à de forts champs électriques et/ou magnétiques.

Trouver la parade

Durant ces années, les horlogers se sont rendu compte qu’un mouvement déjà équipé d’un balancier en glucydur (bronze-béryllium) et d’un spiral en alliage ferro-nickels devait être mieux protégé dans certains environnements spécifiques comme un cockpit d’avion, une locomotive électrique ou dans des usines à fort outillage électrique. Dans le même temps, ces artisans ont noté que les montres préservées des intrusions de poussières grâce à un petit cache en fer doux (dust-cap) étaient moins sensibles à la magnétisation que les autres. L’idée devait germer chez certains constructeurs comme IWC avec la Pilot ou l’Ingénieur, Rolex avec la Milgauss ou Omega avec la Railmaster de construire des garde-temps ultra spécialisés, capables de résister à des champs magnétiques de 1 000 gauss en enfermant leurs précieux mouvements dans des cages en fer doux. Ce boîtier interne, conçu comme une cage de Faraday vu que le cadran était également réalisé en fer doux, mettait ainsi efficacement à l’abri de tout rayonnement les composants en acier du mouvement et garantissait la précision de la montre, même en présence de champs magnétiques intenses.

Exploiter le magnétisme à défaut de le contrer

Durant les années 1950-1960, période où ces instruments ont rempli au mieux leur office, un certain nombre de marques se sont penchées sur les montres mues par des mouvements électromécaniques, une innovation permise par l’invention de la pile bouton par la firme Mallory. Car finalement, le grand problème d’alors n’était pas tant de découvrir un moyen de faire fonctionner une montre électriquement, électromécaniquement ou électroniquement, mais de l’alimenter durablement en énergie et surtout de façon autonome. Il y eut toutefois bien des balbutiements. Le premier modèle de gousset a selon toute vraisemblance été fabriqué aux alentours de 1910. Prototype sans lendemain, il a fallu attendre l’invention de la pile bouton à l’oxyde de mercure au milieu de XXe siècle pour envisager l’autonomie de petits appareils. Ainsi, le texte d’André Beyner, paru dans le numéro d’octobre 1955 du Journal suisse d’horlogerie, pouvait décrire une montre-bracelet équipée d’un mécanisme classique avec contact associé à un micromoteur qui aurait fonctionné depuis décembre 1953.

C’est ensuite le Français Léon Hatot, spécialiste des pendules électriques et électromagnétiques avec sa marque ATO, qui présentait en novembre 1956 au congrès de la Société française de chronométrie un garde-temps de poignet électrique. Cette pièce, animée par un mouvement équipé des premiers transistors et d’une pile au mercure Mallory, annonçait discrètement le début d’une révolution qui a rapidement pris corps aux États-Unis avec Hamilton. La marque de Lancaster, en Pennsylvanie, remportait en effet une première victoire en janvier 1957 avec l’introduction de la première montre électromécanique de série. Baptisée « projet X », elle devait donner naissance à la célèbre Ventura. Ce modèle, encore d’actualité dans la collection de la marque, est maintenant animé par un calibre à quartz, évolution logique du mouvement prototype régulé par des électroaimants. Les montres Lip ont suivi le mouvement, soit le modèle R27 en décembre 1958, puis la Lip Nautic-Ski mise en chantier 10 ans auparavant. Au même moment, Elgin (USA) sortait du bois, marquant les débuts d’une lutte commerciale qui aura marqué cette période connue comme l’une des plus fastes de l’horlogerie mécanique. Elle allait d’ailleurs s’intensifier à une vitesse vertigineuse et donner naissance en 1962 à la première version helvétique d’une montre électromécanique avec le modèle « Conquest electric » calibre 400 de Longines.

Par Vincent Daveau
journal.hautehorlogerie.org

 



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