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Dans la peau d’un apprenti horloger
 
Le 08-05-2018
de SOPJH® - News des associations et de la formation

Apprendre à monter une montre, c'est tendance! Des ateliers offrent la possibilité, durant quelques heures ou même une journée, de s’initier à l'horlogerie.

On entendrait presque une mouche voler. Il faut dire que dans les locaux d’Initium, au Noirmont (JU), la concentration est de mise, tant la tâche à laquelle nous nous attelons est minutieuse: poser – ou chasser, pour s’en tenir au jargon consacré – les aiguilles d’une montre sans trembler se révèle une véritable gageure! D’autant plus que nous ne sommes pas au bout de nos peines: le temps d’un après-midi, nous nous sommes glissés dans la peau d’apprentis horlogers…

Voilà trois ans que l’entreprise jurassienne propose divers types d’ateliers permettant de s’initier à ce légendaire savoir-faire. «Pendant longtemps, le monde de l’horlogerie n’était que peu ouvert sur l’extérieur. Nous voulions donner l’occasion à tout un chacun d’en apprendre davantage sur ce noble métier», souligne Mathieu Gigandet, cofondateur et directeur d’Initium. Surfant sur la vague du «do it yourself» version luxe, à l’instar de plusieurs marques et centres de formation (lire encadré ci-dessous), l’activité remporte un certain succès: «Nous avons dû ouvrir une deuxième antenne à Genève et une troisième a vu le jour en avril entre Zurich et Saint-Gall.» Le public-cible? «Tout aussi bien des locaux que des étrangers cherchant à vivre une expérience originale au pays de la montre.»

En ce pluvieux après-midi, nous ne sommes que deux participants à suivre l’atelier («En privilégiant les petits groupes, nous pouvons accorder davantage d’attention à chaque personne»): Vincent Huther, 38 ans, a reçu un bon pour Noël de la part de son père. «Mon arrière-grand-père était lui-même horloger, c’est un domaine qui m’intéresse. Chaque année, je me rends à Baselworld (un salon renommé de bijouterie et d’hor­logerie à Bâle, ndlr)et au Salon international de la haute horlogerie de Genève.» Originaire de Colombier (NE) mais établi à Val-d’Illiez (VS), il n’a donc pas hésité à traverser la Suisse pour venir monter sa propre montre. L’idée étant, à l’issue de l’après-midi, de repartir avec son œuvre au poignet.

Comprendre le fonctionnement d’une montre

Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs! Il s’agit d’abord de suivre un petit cours théorique, dispensé par la maître horlogère Sandra Fernandez, 35 ans, notre formatrice du jour, originaire de la vallée de Joux. À grand renfort de schémas et d’animations, elle explique le rôle de chaque élément d’un mouvement mécanique, du ressort de barillet au balancier, en passant par la roue d’échappement. «Les gens se rendent rarement compte à quel point les mécanismes sont complexes.» Aujourd’hui, il n’est toutefois pas prévu que nous en montions un, ce défi étant réservé aux ateliers d’une journée. Nous nous contenterons – et la tâche s’avérera déjà assez fastidieuse et stimulante! – d’assembler un mouvement déjà prêt aux autres composants de la montre.

Les gens se rendent rarement compte à quel point les mécanismes sont complexes
—Sandra Fernandez

Composants que nous allons pouvoir choisir parmi une large sélection de boîtiers, de cadrans, d’aiguilles et de bracelets, dévoilés par un Mathieu Gigandet rieur: «C’est l’étape qui va vous prendre le plus de temps!» Difficile en effet de se décider, tant les combinaisons sont multiples. Même les mouvements se déclinent en plusieurs teintes, et comme ils seront apparents sur la plupart des modèles, le détail a son importance.

Ouf, le choix est fait. Coloris cuivrés, cadran ajouré, aiguilles gothiques et bracelet en cuir noir et rouge: ne reste plus qu’à assembler tout ça! Nous enfilons donc la traditionnelle blouse blanche de l’horloger, «qui évite que des particules des vêtements ne tombent dans les rouages du mécanisme», et nous nous installons devant notre établi, en prenant soin de régler notre tabouret comme nous l’a expliqué Sandra Fernandez, une mauvaise position pouvant entraîner des maux de dos. Au clair également avec les noms des divers outils dont nous allons nous servir, nous sommes fin prêts.

De la théorie à la pratique
Première étape: fixer le cadran. Nous prenons soin de poser le mouvement sur son support et attrapons le tournevis ad hoc. Difficile toutefois de visser quoi que ce soit quand on voit à peine où l’on doit poser notre outil, surtout qu’il ne faut sous aucun prétexte toucher le mécanisme avec les doigts… Heureusement que notre loupe d’horloger nous permet de mieux visualiser le champ de travail.

Elle est également bien utile quand il s’agit de chasser les aiguilles, celle des heures en premier, à l’aide d’une potence. «Attention, si vous appuyez trop, elle touchera le mécanisme et risquera de le gripper!» Mains tremblantes, nous plaçons le minuscule élément avec des brucelles au milieu de la montre. Diable! Il nous a échappé! Sandra Fernandez vole à notre secours: «Pour le récupérer, vous pouvez utiliser la gomme Rodico.» Le pouvoir collant de cet instrument essentiel à l’horloger permet en effet de rattraper l’aiguille et nous parvenons enfin à la fixer à l’endroit adéquat. Nous répétons la manœuvre pour celle des secondes. «Contrôlez que les deux aiguilles soient bien alignées sur midi!»

Contrôlez que les deux aiguilles soient bien alignées sur midi!
—Sandra Fernandez

La chasse à la poussière

Entre chaque étape, Sandra Fernandez nous fait venir à son propre établi pour nous montrer les gestes à effectuer avec minutie. Nous prenons soin, quand nous quittons notre plan de travail, de couvrir notre ouvrage d’une cloche en plastique, la poussière étant l’ennemi juré des mouvements horlogers. Et avant d’assembler le mécanisme et l’arrière du boîtier, nous les nettoyons soigneusement à l’aide de la gomme Rodico, d’une poire soufflante et d’un chiffon.

Après avoir ajusté la tige du remontoir à la bonne longueur avec une pince coupante et une lime, nous prenons une pause bien méritée. L’occasion pour Mathieu Gigandet de nous montrer la boîte transparente où sont jetés les éléments abîmés par les participants: «Ça permet parfois de dédramatiser la situation! Ils se rendent compte qu’ils ne sont pas les seuls à être parfois un peu maladroits.» Pas de casse aujourd’hui… mais nous n’avons pas encore tout à fait terminé.

Après nous être assurés, à l’aide d’une machine, de la précision de notre montre – «Il faut s’approcher le plus possible du zéro seconde d’avance ou de retard», précise Sandra Fernandez – nous fixons l’avant du boîtier, non sans l’avoir nettoyé au préalable. Ne reste plus qu’à fixer le bracelet. «À l’endroit, de préférence! J’ai déjà vu des gens se tromper...»

Notre montre est prête! Nous pouvons l’arborer fièrement au poignet. Le cadran ajouré permet de contempler, avec une certaine fascination, le mouvement incessant du ressort de barillet et de nous émerveiller devant la complexité du mécanisme. Devant un verre de vin blanc jurassien, nous échangeons quelques impressions: «Au début, j’étais un peu speed, reconnaît Vincent Huther, mais plus on est nerveux, moins on est précis.» Entièrement satisfait du résultat, il passera chez ses parents sur le chemin du retour pour leur montrer son œuvre: «Normal, c’est un cadeau de leur part!»

Divers ateliers pour s’initier à l’horlogerie

Qu’ils se déroulent au Noirmont, à Neuchâtel ou à Porrentruy, les ateliers pour apprendre à monter une montre ne manquent pas sur l’arc jurassien. Les prix oscillent entre Fr. 140.- pour une initiation de trois heures (sans repartir avec l’objet) et plus de Fr. 2000.- pour une journée complète (Initium propose même un forfait incluant un repas chez Georges Wenger).

Voici une liste non exhaustive des diverses possibilités: Cimier Watch Academy (Bienne), Vivre l’horlogerie (Tramelan), le Centre horloger (Neuchâtel), Je monte ma montre (Porrentruy) et les Apprentis du temps (Le Locle).

Texte Tania Araman
www.migrosmagazine.ch

 



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