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La fin de l'euphorie a sonné pour l'horlogerie
 
Le 17-11-2008

Cette industrie a volé de record en record. En septembre, les exportations ont encore bondi de 15%. Mais, comme le démontre notre reportage entre Genève et la vallée de Joux, l´incertitude s´installe. Georges-Henri Meylan, patron d´Audemars Piguet, relève des signes tangents de gel de la demande.

Matin d´automne à la vallée de Joux. Sous un ciel bas, les bâtiments flambant neufs et les grues s´élèvent aux abords des manufactures horlogères, symboles de la folle expansion de cette industrie. Et d´une période dorée révolue? Si ces travaux continuent, les instituts de prévision promettent la fin des croissances à deux chiffres. Fin de l´euphorie.

Ambiance en demi-teinte que l´on retrouve à la sortie des usines. «Est-ce qu´on sent le ralentissement? Là, il y a toujours autant de travail. On est même en heures supplémentaires», réagit un horloger, attablé dans un restaurant du Sentier. Même discours devant la manufacture Frédéric Piguet: «Tout va bien, on ne voit aucune différence.» Le propos est plus contrasté chez Jaeger-LeCoultre. Selon les secteurs, certains travaillent pendant les vacances, d´autres avouent un peu d´inquiétude. «Tout le monde panique un peu. On s´interroge. Ils nous disent d´arrêter les heures supplémentaires, de rationner le travail. Mais ce n´est pas dramatique», indique un employé. Et une ­horlogère de rappeler que l´après-11 Septembre a été franchi avec succès.

Une bonne année 2008

Mais comme plusieurs marques, Jaeger-LeCoultre ne commente pas la marche des affaires. Or, les rumeurs courent sur les difficultés des uns et des autres. «Mais c´est souvent n´importe quoi», ajoute une employée d´une petite société. Si ce n´est le signe d´une incertitude. «La situation nous inquiète, admet la syndique du Chenit, Jeannine Rainaud. Mais pour le ­moment, il n´y a rien de catastrophique.»

Effectivement, en attendant les prochaines publications des exportations horlogères - qui donnent toutefois une image en différé par rapport à la réalité -, la Fédération horlogère suisse reste confiante. «2008 sera une bonne année et nous pensons que 2009 sera positive, à des taux plus faibles», prévoit son président Jean-Daniel Pasche. Géant du secteur, le groupe Swatch est optimiste, prévoyant une croissance de 6 à 9% cette année et dans le même ordre de grandeur en 2009.

Mais d´autres signaux moins favorables se font sentir. Ainsi, Audemars Piguet constate une baisse des ventes sur certains marchés - Etats-Unis et Espagne notamment -, tout comme le groupe Festina. Celui-ci affirme toutefois ne pas souffrir actuellement dans le moyen de gamme et s´inquiéter davantage pour le haut de gamme, bien que beaucoup considèrent que ce dernier segment est plus préservé. «Les gens sont moins enthousiastes, c´est clair», relève ainsi Vartan Sirmakes, le PDG de Franck Muller, qui réoriente sa production vers la création plutôt que la quantité.

Corum a anticipé

Dans ce secteur si sensible à la conjoncture, on se prépare. «Nous avons anticipé en adoptant une approche prudente sur les volumes de production, qui nous permet d´être en adéquation avec la capacité des marchés», indique Antonio Calce, directeur général de Corum, qui table néanmoins sur une stabilisation des ventes en 2009. «Je vais être prudent et adopter une position attentiste. Je cesserai notamment d´engager du personnel», témoigne Jean-Claude Schwarz, PDG de Festina Suisse. Rien de significatif pour l´instant, mais le chômage dans l´horlogerie a légèrement augmenté en octobre. Tout en restant à un niveau très bas.

Et qu´en est-il chez les sous-traitants? D´un côté, Berney ­Précision, actif dans le très haut de gamme, ne ressent pas de ralentissement. D´autres, oui. «En cette fin d´année, nous avons subi une grosse baisse, avec des annulations de commandes», annonce Sandra Pilet, membre de la direction de la petite société Arola. Reste que comme elle croulait sous le travail, «c´est un soulagement, mais il ne faudrait pas que ça dure». Et elle n´est pas la seule à le dire. «Le léger ralentissement que l´on voit est presque salutaire. Mais si la tendance se renforce, ce sera négatif», relève Jean-Philippe Dubois, directeur de Dubois-Dépraz.

Car l´horlogerie part de très haut. «La branche sera touchée, mais on se compare à des années excellentes», rappelle Jean-Daniel ­Pasche de la Fédération horlogère. «Les cycles horlogers ne sont pas nouveaux et chaque ralentissement mène à une ­nouvelle progression», positive Antonio Calce.

En attendant, on s´interroge. Quel sera l´impact du ralentis­sement? Combien de temps ­durera la crise? L´incertitude ­domine. Avant une échéance de taille: les ventes de Noël.

LAURE PINGOUD Tribune de Genève

"Noël sera crucial"

Interview express de Georges-Henri Meylan, PDG d´Audemars Piguet

En cette période de crise, ressentez-vous un ralentissement chez Audemars Piguet?

Honnêtement, tout le monde est très prudent. De notre côté, nous ressentons une grande frilosité dans certains pays, un manque de liquidités chez nos détaillants, qui peinent à trouver des prêts dans les banques, ainsi qu´une baisse du trafic et des ventes dans nos boutiques. La zone dollar est concernée, l´Espagne est touchée depuis l´été et en Asie, c´est surtout le Japon. Nous sommes inquiets pour Noël, car de mauvaises ventes se ressentiront l´an prochain. Ce qui se passera durant les Fêtes sera crucial.

Comment voyez-vous l´avenir?

En 2008, il y aura une croissance par rapport à 2007, car nous avons de toute façon neuf bons mois derrière nous. En 2009, ce sera, au mieux, le même niveau que cette année, mais plutôt en dessous. Si les Bourses continuent leur yo-yo, avec des taux de change défavorables et un mauvais Noël, ce sera très difficile. Nous sommes donc prudents dans nos budgets pour garder les chiffres noirs et notre capacité d´investissement.

Comment cela se traduira-t-il?

Nous devons freiner au niveau de la production par rapport au plan de marche initial. Nous avions aussi prévu des engagements que nous ne ferons pas.

Ce ralentissement, en fait, n´est-il pas un retour salutaire?

Il est normal qu´il y ait un tassement, mais là, je pense que c´est plus dur. Il faut toutefois essayer d´être optimiste, en se disant que c´est le bon moment pour se stabiliser et améliorer notre efficacité. (lg)

Dans les ventes aux enchères, la spéculation pourait reculer

En ne se fiant qu´aux exportations, il est bien difficile de se faire une image de l´impact de la crise économique sur le secteur horloger. Pour la simple et bonne raison qu´il existe plusieurs mois de décalage entre les commandes, les exportations et finalement les ventes au détail.

Ce décalage n´existe pas dans le domaine des ventes aux enchères horlogères. Ce dernier se ressent-il donc déjà des effets de la crise économique? «C´est un peu tôt pour le dire, confie William Rohr, directeur général d´Antiquorum, à Genève. On pourrait néanmoins s´attendre à une légère baisse de l´activité spéculative. Elle concerne généralement des montres contemporaines qui se trouvent très difficilement chez les détaillants et dont la rareté peut représenter pour ceux qui les ont acquises une perspective de profit.» En revanche, les pièces exceptionnelles ne devraient souffrir d´aucune baisse de la demande: «Le marché se redéfinit et l´on voit des acheteurs de plus en plus avisés et qui recherchent les objets vraiment rares. Nous essayons de les contenter en sélectionnant notre offre. Par exemple, dans notre prochaine vente, nous allons proposer une collection de montres de poche émaillées ayant appartenu au dernier empereur de Chine. Elles sont estimées à 1,6 million de francs. Et nous ne doutons pas qu´elles trouveront preneur. Soit un grand collectionneur, soit un musée.»

Chez Patrizzi and Co, on constate le même engouement inchangé pour les objets rares et les pièces de collectionneurs. «Les premiers sont uniques, mais pas forcément hors de prix, explique Ita McCobb. Les secondes sont les valeurs sûres, avec des marques qui ne perdent rien de leur attrait, comme par exemple Patek Philippe, Breguet, Rolex, Panerai et même de plus en plus Omega.» D´après la spécialiste, ces marques joueraient le rôle de valeurs refuge, d´un investissement à moyen ou long terme. «On les achète avec l´objectif éventuel de les revendre dans 3 ou 5 ans, reprend la spécialiste. La crise ne sera plus alors peut-être qu´un souvenir.»
Pierre-Yves Frei

 



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