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Raymond Loretan, nouveau diplomate de l’industrie horlogère
 
Le 14-09-2018

L’ancien ambassadeur remplace Carlo Lamprecht à la tête du Grand Prix d’horlogerie de Genève. Il veut élargir les horizons de la manifestation, notamment en invitant les marques absentes à y participer

Huit minutes d’avance. Raymond Loretan arrive plus tôt que prévu dans le café genevois où se tient l’entretien. Cela tombe bien: l’ancien diplomate reconverti en administrateur en série affectionne les moments en off avec les journalistes. Alors, avant de commencer l’interview sur le Grand Prix d’horlogerie de Genève (GPHG) dont il est le président depuis cette année, cela laisse huit minutes pour discuter librement des multiples casquettes avec lesquelles il jongle quotidiennement. Les cliniques d’Aevis Victoria, L’Agefi, la Société suisse des explosifs, mais aussi le Centre Henry Dunant, récemment sous les projecteurs pour son annonce du démantèlement de l’organisation terroriste ETA…

Raymond Loretan sirote les premières gouttes de son jus de citron. On se met à parler montres. Le GPHG a publié début septembre la liste des 72 montres présélectionnées (à travers douze catégories) qui seront en lice lors la dix-huitième édition du prix, le 9 novembre prochain à Genève. Il y a quelques surprises, par exemple le fait que le jury n’a retenu aucune des six montres inscrites par les marques Hublot ou Louis Moinet. Ni aucune des sept smartwatches qui avaient tenté l’aventure.

Un jury «indépendant et sans contraintes»

Raymond Loretan n’entre pas sur ce terrain-là. «Nous avons un jury indépendant de connaisseurs pointus qui tranchent. Comme président du conseil de fondation, je n’ai pas à commenter cette sélection», balaie-t-il. Et si le GPHG a dû faire face ces dernières années à des critiques virulentes contre sa façon parfois politique de choisir les lauréats, c’est de l’histoire ancienne. «Le jury du Grand Prix d’aujourd’hui travaille sans contraintes et en toute indépendance. On ne peut plus tolérer le moindre écart à ce principe», soutient le président. Qui préfère par ailleurs pointer le «beau dynamisme» de cette édition. Jamais autant de marques (104) n’y avaient en effet inscrit autant de montres (195).

De toute façon, la tâche du président est autre. «Mon rôle est surtout d’insuffler de nouvelles idées, de soutenir la direction, d’élargir les horizons des uns et des autres», énumère-t-il. Concrètement, cela se traduit notamment par sa volonté de créer une sorte «d’académie de l’horlogerie» liée au GPHG plutôt que de se cantonner à la remise d’un prix, une fois par année. Il veut rendre l’événement plus «international», le transformer en une sorte d’«Oscar des montres».

Un financement différent

Pour ce faire, il a notamment besoin d’argent. La banque du Liechtenstein LGT soutient déjà la fondation, mais Raymond Loretan aimerait que les horlogers soient également mis à contribution. «Nous réfléchissons à un mécanisme de financement qui impliquerait le soutien des marques.» A l’en croire, c’est la seule solution pour faire entrer ce prix «dans la cour des grands».

Mais avant de parler gros sous, Raymond Loretan doit commencer par réunir tous les horlogers autour d’une table. Et, pour cela, ses talents de diplomate ne lui seront pas de trop. Car c’est bien le problème de la manifestation: certains des plus grands acteurs du marché (Rolex, Patek Philippe, Omega, Audemars Piguet, Breitling, etc.) ne s’y intéressent pas. Ou peu. «Il faut entrer en dialogue avec eux. Aller les voir pour leur présenter notre projet et les convaincre de nous rejoindre. Pour l’heure, nous travaillons avec un petit groupe sur ce projet d’académie. Lorsque celui-ci aura été adopté par le conseil de fondation, nous ferons une tournée de consultation des grandes marques», note Raymond Loretan. Il ne souhaite pas dire si de premiers contacts avec les marques ont déjà eu lieu.

Vers une semaine horlogère genevoise

Cette envie de voir le GPHG déborder de ses 2h30 de cérémonie annuelle rejoint un autre projet à l’échelle genevoise. Plusieurs acteurs du bout du lac (le Salon international de haute horlogerie, le Salon EPHJ de la sous-traitance ou les autorités, notamment) planchent aujourd’hui sur l’organisation d’une «semaine horlogère» dans la Cité de Calvin.

«Nous avons fait part de notre disponibilité et de notre intérêt à rejoindre ce projet, soutient le président du Grand Prix. Mais il y a encore quelques questions ouvertes, par exemple sur la date. Aura-t-il lieu en novembre? Au printemps? Comme dans toute nouvelle aventure, le diable se cache dans les détails. Nous devrions le cas échéant adapter la date de notre événement…»

L’heure tourne. L’entretien touche à sa fin. Il reste néanmoins une question: pourquoi celui qui dit vouloir jouer un rôle «d’ambassadeur» et de «promoteur de l’horlogerie suisse» porte-t-il seulement un bracelet connecté Fitbit au poignet droit? Il rigole. «J’ai des montres, mais c’est mon fils qui les porte. Moi, je m’astreins à faire 10 000 pas par jour et ce bracelet m’aide à atteindre cet objectif.» Il ajoute que c’est aussi par neutralité, vis-à-vis de tous ses interlocuteurs horlogers.

Diplomatie et neutralité; les impératifs de cette nouvelle fonction ne doivent pas trop décontenancer Raymond Loretan.

Valère Gogniat
LE TEMPS

 



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