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Le COSC, arbitre de la précision suisse
 
Le 18-06-2018
de SOPJH® - News des associations et de la formation

Discret mais essentiel, le Contrôle officiel suisse des chronomètres voit passer la quasi-totalité des calibres mécaniques des plus grandes marques comme Omega ou Rolex. L’an dernier, cette institution a testé près de 2 millions de mouvements dans ses bureaux

Lorsqu’il entre dans l’ascenseur, Andreas Wyss affiche un sourire satisfait. «Vous ne remarquez rien?» C’est vrai: on ne perçoit ni démarrage, ni arrivée. Pas une vibration. Il s’agit d’un ascenseur spécial conçu pour éviter le moindre choc aux dizaines de milliers de mouvements horlogers qui l’emprunte, assure fièrement le patron du Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC).

Chronographes ou chronomètres?

Le COSC le répète à chaque occasion, mais les lieux communs ont la dent dure. Le terme «chronomètre» est souvent attribué, à tort, à des montres munies d’un mécanisme activé par des boutons-poussoirs et permettant de mesurer des tranches de temps. C’est faux. On doit parler ici d’un chronographe (plus rarement chronoscope). Un chronomètre est «simplement» une montre de haute précision.

Les calibres, cet ingénieur en mécanique les connaît bien. L’institution suisse qu’il dirige en a certifié l’an dernier 1,934 million, un chiffre en progression de 13,7%. En 45 ans d’existence, cette quantité n’avait encore jamais été atteinte. Ce record a été annoncé vendredi, lors de l’assemblée générale annuelle de l’organisation.

Quinze jours de tests

Méconnu, le COSC joue un rôle capital: si la réputation des montres suisses dans le monde est si bonne, c’est en effet un peu grâce à lui. Car chaque calibre (le «cœur» qui fait battre la montre) qui prétend bénéficier de l’appellation «chronomètre» doit au préalable subir une batterie de tests dans ses locaux. Les deux plus grandes marques, Omega et Rolex, font certifier la quasi-totalité de leurs mouvements. Comme Breitling. Une cinquantaine d’autres entreprises ont également recours au COSC, mais uniquement pour certaines collections.

Ses trois bureaux (Le Locle, Saint-Imier et Bienne) réceptionnent chaque jour des milliers de mouvements. Certains arrivent dans d’imposants chariots en inox. D’autres dans de fragiles petites boîtes en carton.

En sortant de l’ascenseur qui ne vibre pas, on entre dans un grand laboratoire où des dizaines de milliers de mouvements mécaniques dorment sur de petits plateaux. Ils passeront quinze jours dans ces locaux et leur précision sera mesurée à différents intervalles, selon un protocole bien précis. Un impératif pour remplir les exigences de la norme ISO 3159 – une norme qu’Andreas Wyss connaît si bien qu’il en récite des passages par cœur.

La tolérance est de -4/+6 secondes par jour. Car il vaut toujours mieux qu’une montre avance plutôt qu’elle ne recule. Une fois qu’ils sont «certifiés COSC», les calibres se voient attribué un numéro unique et ils repartent dans leurs manufactures d’origine pour y être emboîtés. Le prix de cette certification varie, notamment en fonction de la complexité de la pièce, de moins de 10 francs à plus de 100 francs. Le taux d’échec, assez stable, se monte à 4%.

Un patron, deux imprimantes

Pour assurer cette mission, les bureaux du COSC sont ouverts sept jours sur sept. Ses trois antennes font travailler entre 75 et 90 personnes. Des employés dont les salaires sont payés par l’administration publique. «Le COSC n’a en fait que trois employés. Tous les autres sont, théoriquement, des fonctionnaires. Car nous ne sommes pas une entreprise, mais une association», rappelle Andreas Wyss.

Dès sa naissance en 1973, les cantons fondateurs – Genève, Vaud, Neuchâtel, Berne et Soleure – ont en effet voulu conserver la maîtrise de cette entité pour garantir son indépendance vis-à-vis des marques. En résumé, le COSC gère les machines et le mobilier, tandis que le personnel et les bâtiments sont de la responsabilité des cantons et des communes.

En quarante-cinq ans, le nombre de bureaux a été réduit, mais ce principe est resté. Le bureau du Locle (NE) est aujourd’hui en partie géré par la Mère Commune, celui de Saint-Imier par une société en mains de l’administration communale du village bernois et celui de Bienne par le canton de Berne. Cette situation occasionne quelques maux de tête. «Comme les données relatives aux mesures de nos clients doivent impérativement être séparées de l’aspect administratif, les responsables des bureaux régionaux ont deux ordinateurs différents. Deux réseaux câblés différents. Et deux imprimantes différentes», pointe le directeur.

Le COSC certifie donc des mouvements, et non des montres terminées. Ce qui génère depuis toujours des débats au sein de l’industrie. Pour Andreas Wyss, le COSC serait tout à fait capable de contrôler le produit fini, mais cela poserait de sérieux problèmes logistiques. «Nous recevons parfois 60 000 mouvements par jour. Imaginez que nous recevions 60 000 montres terminées! Nous devrions complètement repenser la sécurité de nos locaux…» Une solution passerait-elle donc par l’installation d’espaces dédiés au COSC au sein des manufactures? «Nous y avons aussi réfléchi, très sérieusement. Mais à chaque fois, nous nous retrouvons face à des écueils infranchissables…»

Rapport annuel allégé

Historiquement, le rapport annuel du COSC jouait un rôle central dans l’industrie. Car il s’y trouvait la ventilation du nombre de mouvements certifiés pour chacune des marques. C’était ainsi un bon moyen de suivre l’évolution de cette industrie qui se tapit volontiers dans le secret. Mais depuis 2016, plus rien. Il manque une page dans le rapport. «Je sais bien que c’était la seule qui intéressait le public. Mais, maintenant, il n’y a plus que nous qui avons ces chiffres», sourit Andreas Wyss en tapotant son porte-documents.

La raison de ce changement de politique? «C’est simple: ces données appartiennent aux marques. Un jour, l’une d’entre elles nous a demandé de les enlever, mais nous n’avons rien fait. Puis une autre. Puis encore une autre. Pour éviter que cela ne crée des tensions inutiles, nous y avons finalement renoncé.» Le COSC a ainsi perdu un peu de visibilité, mais, pour Andreas Wyss, qu’importe. «Nous ne sommes pas là pour briller, mais pour servir les marques.»

Comment les villes profitent de cette manne

Le COSC ne donne que très peu de chiffres. Mais l’on sait qu’une partie de ses recettes va dans ses poches, et l’autre dans celles des administrations qui gèrent les bureaux régionaux. En interrogeant les cantons et les communes et en creusant dans les rapports annuels, il est ainsi possible d’avoir quelques indications.

A Saint-Imier, le maire, Patrick Tanner, explique que le bureau d’observation local a été intégré à une entreprise, Crescentia SA, qui appartient à la commune. Le chiffre d’affaires annuel de cette société est «d’environ 2 millions de francs», dont une «part considérable» provient du bureau du COSC. Les éventuels bénéfices restent dans cette entreprise, qui a dû consentir «de lourds investissements» lors de l’ouverture du bureau en 2013.

Le canton de Berne, qui gère l’antenne de Bienne, répond via une porte-parole que la partie publique du chiffre d’affaires du bureau biennois «varie d’une année à l’autre et est d’environ 2,4 millions de francs». Les éventuels bénéfices ou déficits sont redistribués/imputés aux comptes de l’Etat.

Le «fonds horloger» du Locle

Le cas du Locle est un peu différent, puisque tout est détaillé dans les comptes 2017 de la ville. L’an dernier, les recettes du bureau du COSC se sont élevées à 2,549 millions de francs. C’est près de 500 000 francs de plus que prévu, ce qui a permis d’alimenter un fonds spécial. «Le Conseil communal utilise cet argent pour financer certains projets liés à l’horlogerie et à la formation dans l’horlogerie», détaille Claude Dubois, conseiller communal chargé des Affaires économiques. Un exemple: si le Musée d’horlogerie a des comptes équilibrés, c’est notamment grâce à cette manne.

La partie publique du chiffre d’affaires des trois bureaux est donc de 7 millions de francs environ. La partie privée, du COSC, reste secrète, mais devrait avoisiner les 2,5 millions de francs selon nos estimations. Avec cet argent, les cantons et les communes gèrent tout ce qui est immobilier et personnel. Le COSC, lui, a comme mission d’assurer l’entretien des machines, du mobilier et d’une partie des infrastructures informatiques.

Valère Gogniat
LE TEMPS

 



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